Ethique et morale en franc-maçonnerie

Ethique Maçonnique, Morale Maçonnique ?

Dans le catéchisme de notre rituel écossais nous avons cette question/réponse :

Q : « Que fait-on dans les Loges de St Jean ? »

R : « On y tresse des couronnes pour la vertu ; l’on y forge des chaines pour le vice. »

Quand nous recevons un profane pour l’initier, nous en invoquons toujours la raison, à savoir « parce qu’il est libre et de bonnes mœurs ».

Puis nous l’interrogeons une fois dans le Temple sur les principes de morale qui dirigent sa conduite. Nous lui demandons ainsi ce que sont la vertu et le vice, dont nous lui donnons d’emblée comme signification « une constante et ferme disposition à pratiquer le Bien » pour la vertu, ou le contraire, une disposition au mal pour le vice.

Vient enfin un développement de tout cela qui ancre notre société de frères dans un véritable travail et effort collectif de la raison pour contenir les passions. Sagesse de la raison, et pour certain aussi de la foi, qui constitue la science de la vie, ou on pourrait dire : un art de vivre ouvert à l’universel.

Une règle d’or est alors proposée, celle de la réciprocité, de l’interdépendance des uns et des autres, propre à ouvrir au sens de la responsabilité par un théorème d’apparence mathématique, pour le moins symétrique.

La visée de la Franc-maçonnerie est alors exprimée de deux manières complémentaires :

  • D’une part en terme de morale (on pourrait dire de prescriptions ou d’obligations, de promesses, de serments …), faire le bien, ne pas faire le mal, pratiquer la vertu, fuir le vice… et il est préciser dans tous nos rituels que le premier devoir d’un FM est de secourir son frère et de l’assister de ses lumières.
  • Mais aussi, d’autre part, ce sont dans les termes de l’éthique, c'est-à-dire dans la visée de réaliser une vie qui soit une vie bonne avec et pour les autres, que l’on reçoit la formule « fais le bien que tu voudrais que l’on te fasse » et son corolaire « ne fais pas le mal que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ».

Il serait difficile d’ignorer alors dans nos rituels l’emprunte de la philosophie des lumières, que l’on considère souvent sous l’angle de l’émancipation et de la libération, « penses par toi-même » ou « aies le courage de te servir de ton propre entendement » dira Kant comme devise des « Lumières », mais l’on oublie souvent de considérer cette philosophie sous son angle éthique et catégorique qui vise à une forme d’universalité de la morale. Les cultures, les coutumes, les religions, les rites, les peuples sont divers et nombreux, mais, dans le projet éthique de la FM, il s’agit d’unir tous les hommes, qui sont et restent différents, dans une aspiration à ce que l’universalité soit un critère de « mes » choix moraux, de nos choix de vie à chacun.

Qui mieux que le bon vieux Kant a su formuler sous forme d’impératif catégorique, cette maxime qui ne nous est pas étrangère et déjà pressentie à travers la règle d’Or : « Agis uniquement d’après la maxime que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne loi universelle », ou bien « Agis de telle sorte que tu puisses également vouloir que ta maxime devienne loi universelle ».

Une maxime c’est un précepte que l’on se donne volontairement, et donc librement, à soi-même ; c’est un choix personnel. Chacun à ses propres maximes qu’il s’applique à lui-même et qui sont ses propres règles de conduite, mais qui ne sont pas nécessairement valables pour la volonté d’un autre. Mais, en devenant universelle une maxime devient loi morale. Alors il s’agit toujours selon Kant de prendre en compte cet universel dans le choix de nos maximes.

Le choix d’une éthique, l’engagement maçonnique (mon engagement maçonnique) et la loi morale « universelle » doivent « in fine » se retrouver. Et c’est ce à quoi nous travaillons sans relâche en FM.

Difficile liberté que de vouloir et en même que ce que je veux puisse être universel, c'est-à-dire voulu par tous. Difficile responsabilité que de se mettre à la place de l’autre. Soi-même comme un autre, écrira Paul Ricœur plus proche de nous. La difficulté tient dans la dissymétrie mathématique (moi et l’universel ; par exemple moi et les générations futures que mes choix de vie doivent prendre en compte) et non plus la simple symétrie de la réciprocité, du face à face avec mon prochain.

L’estime et le respect de soi ne s’opposent pas à l’estime et au respect de l’autre qui, par définition, est pourtant différent de moi, mais nécessite un décentrement de ce qui est un « mien fermé aux autres »  à un véritable « soi ouvert  à l’universalité  de l’espace et du temps ».   

Commentaires

De quelles "vertus"  parlons

De quelles "vertus"  parlons-nous ? Car c'est souvent là que divergent les FM !

Ainsi l'obeissance ("vertu" prônée par le judeo-christianisme) est-elle une vertu maconnique ? Il faut pour celà creuser nos rituels(Attention ce blog est public !) pour y constater que la PREMIERE qualité demandée au FM est la LIBERTE.

Il faut donc enterrer le VICE qui consiste à se soumettre par principe, ce dont souffre gravement une certaine frange de la FM qui detourne la notion d' "ordre maconnique" .

Dans certains rites on annonce "c'est la dernier fois que tu te mettras à genoux" ...

Se "soumettre par principe"

Se "soumettre par principe" ou se "revolter par principe" sont à mettre dans la même catégorie de ce qui empêche la liberté

Plutôt qu'obeissance -aveugle- je prefererais entendre parler de fidélité -éclairée-

"A toi même sois fidèle, aux autres sois fidèle" dit Goethe

Est on encore libre d'être fidèle et d'agir en conséquence? Le contraire serait un grand danger pour la liberté elle même.

La puissance comme "toute puissance" ( de dieu par ex) tout comme la liberté comme "liberté absolue" (de l'homme par ex) sont des non-sens et dévoilent, dans leur expression même comme dans leur impossibilité ontologique, deux des phantasmes très humains

Les vertues dont nous parlons découlent de l'idée platonicienne du Bien vers lequel l'homme tend à partir de l'être qui est pour lui un tremplin

Mais c'est la rencontre de l'autre comme autre, me dévisageant et m'appelant, qui vient me dégriser de mon "quant à soi" et de mon idolatrie

soumissision-rébellion

En effet, les 2 seraient à classer dans ces passions que mentionne la FM.

Cependant, il est à noter que la FM met en avant la liberté et certainement pas soumission ni fidélité à quelque organisation ou autorité.

L'exercice de cette liberté ENGAGE celui qui la pratique et l'oblige à s'assurer par ses propres recherches, mais aussi l'avis de ses freres, du bien-fondé.

Pour posser le bouchon à l'extreme, en un sens, la "rebellion de principe", ou plutôt le "doute",  dans des limites de courtoisie et de fraternité est bonne, car elle oblige à soumettre toute directive à notre compréhension, en analyser les raisons et s'en imprégner, la comprendre.

 

NB : "de passage" pourrait peut être s'enregistrer ? ce qui donne acces à plus de texte et evite la saisie de caracteres bizarroides

Les vertus de la république

Il s'avere qu'une fois de plus la GLNF va être confrontée à la justice pour avoir voulu exclure des freres coupables(selon l'accusateur) de participer à des tenues maconniques hors de GLNF.

Rappelons que comme l'indique la "règle en douze points" engagement de tout maçon entrant à GLNF, son activité s'inscrit dans le respect complet des lois et institutions du pays. Il y a donc là une vertu "contractuelle" du FM. Vertu à laquelle est obligée aussi son GM.

En plus de la vertu obligatoire de LIBERTE mentionnée au maçon, l'initiation rappelle la FRATERNITE des FM prê à s'opposer à toute mesure contre l'un des leurs.

On pourrait aussi mentionner l'EGALITE portée par un des officiers de loge et qui implique que quiconque GM compris est au même niveau.

Sur ces 3 vertus clairement mentionnées, la réaction maconnique est claire : ils doivent s'opposer fermement à toute action oppressive sur leurs frères.

prendre en compte de manière

prendre en compte de manière désinteressée les autres dans mes choix c'est cela l'éthique et non un manifeste que l'on n'applique qu'aux autres à partir de sa propre idéologie

Dans son livre "l'homme

Dans son livre "l'homme révolté" Camus montre que la révolte est une caracteristique de la nature humaine. La démesure aura toujours sa place dans le coeur des hommes -et la mesure est une vertue indispensable dans la visée éthique, mesure de ses propres forces et faiblesses, mesure de ses paroles et ses actes et de leurs conséquences, mesure de la place que l'on occupe, mesure de la place que les autres occupent dans sa propre vie, mesure de ses propres maximes au regard de leur impact sur les autres et au regard de l'universel, mesure de la place de l'autre dans sa vie etc.-. Et donc ajoute Camus notre tâche n'est pas de déchainer cette démesure dans le monde, elle est plutôt de la combattre en nous et chez les autres. 

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